Le Festival Ciné-Palestine 2018 : une célébration du cinéma palestinien qui s’inscrit dans la durée.

 

Toujours porté par un groupe de bénévoles cinéphiles et amoureux du cinéma palestinien, la 4ème édition du Festival Ciné-Palestine (FCP) a été couronnée de succès.



Cette édition qui s’est déroulée du 25 mai au 3 juin a montré 27 films, dont 2 en avant-première française. Nous avons compté près de 2000 spectateurs et spectatrices au cours des 22 séances programmées dans nos 5 cinémas partenaires : Le Luminor Hôtel de Ville et Les 3 Luxembourg à Paris, Le Méliès à Montreuil, L'Écran à Saint Denis, et Le Studio à Aubervilliers.  

Le FCP reste animé par l’ambition d’être une vitrine pour les réalisateurs palestiniens, de découvrir et de lancer des talents émergents, afin qu’ils racontent leur versant de l’Histoire et leurs propres histoires, tout en brisant les préjugés attachés à la Palestine. Le FCP veut sensibiliser un public de plus en plus large à la qualité et la singularité du cinéma palestinien, et ainsi combler le déficit de diffusion dont il continue de souffrir en France.

À l’écoute des souhaits de son public et des attentes des artistes, cette 4ème édition a su évoluer et grandir, en élargissant considérablement son projet, tant au niveau du nombre et de la diversité des événements proposés, que des publics visés.  

Moments forts de la 4ème édition

Le Focus Nakba

       

Le FCP 2018 proposait un focus thématique sur 1948 et la Nakba, puisque sa 4ème édition a coïncidé avec le 70ème anniversaire de la Nakba, “La Catastrophe”, événement central dans l’histoire palestinienne. La Nakba désigne le nettoyage ethnique, le déplacement de la population et la destruction de centaines de villages palestiniens lors de la création de l’État d’Israël en 1948.

L’édition 2018 du Festival Ciné-Palestine a mis la Nakba au premier plan de sa programmation, en donnant la parole aux réalisateurs et réalisatrices palestiniens, pour qu’ils apportent leurs propres témoignages et leur expérience de ce traumatisme collectif, élément capital de l’histoire et de l’identité palestiniennes.

Dans ce focus, le festival a proposé différents films et initiatives qui illustrent deux enjeux majeurs de cet événement historique.

Ma’loul fête sa destruction (1985) de Michel Khleifi et Emwas, Restoring Memories (2016) de Dima Abu Ghoush, deux films qui reviennent sur les modes de transmission de l’héritage, qui constituent mais surtout préservent les mémoires de tout un peuple.

Avec We Began by Measuring Distance (2009) de Basma Alsharif et Restored Pictures (2012) de Mahasen Nasser-Eldin, les réalisatrices proposent une médiation entre le passé et le présent, par un questionnement sur les modes de représentations des traumatismes successifs, et à travers un retour aux images de ce qui reste de 1948.

Ce questionnement sur les différents modes de représentations de la Nakba s’est poursuivi au cours d’une table ronde, en collaboration avec l’association De-Colonizer, qui a présenté le travail de reconstruction cartographique des villages palestiniens détruits entre 1948 et aujourd’hui.

Au sein de ce focus, nous avons proposé un zoom sur le travail cinématographique expérimental de Kamal Aljafari.  A travers The Roof (2006) et Recollection (2015) et avec une Master Class, le cinéaste a pu partager avec le public ses réflexions autour des thèmes de la disparition et de la dépossession engendrées par La Nakba.

Enfin, avec le film de clôture de la 4ème édition Les Dupes (1972) du réalisateur égyptien Tawfiq Saleh, adaptation de l’oeuvre Des Hommes sous le soleil (1963) de l’écrivain palestinien Ghassan Kanafani, le festival a proposé une ouverture plus large sur les questions de l’exil et du droit au retour des réfugiés palestiniens, une question qui est malheureusement toujours d’une actualité brûlante.  

La rétrospective Mai Masri



Le FCP a eu l’honneur cette année d’accueillir notre marraine Mai Masri, et d’offrir au public une rétrospective sur sa carrière de documentariste.  Avec Les Enfants du feu (1991) et Les Enfants de Chatila (1998), la réalisatrice porte à l’écran la vie des enfants palestiniens, et met en lumière les conditions de vie des réfugiés, dans les camps entre la Palestine et le Liban.

Nous avons aussi tenu à rendre hommage à Jean Chamoun avec la projection du film Rêves suspendus (1992), dont Mai Masri est la co-réalisatrice. La cinéaste a également animé une Master-Class, modérée par Monica Maurer.

La 2ème édition du concours de courts métrages : Compétition Officielle

Après avoir encouragé les jeunes réalisateurs palestiniens lors de sa 1ère édition en 2017, le concours a évolué pour devenir une Compétition Officielle.

Après avoir reçu plus d’une trentaine de candidatures, nous sommes très fiers d’avoir présenté au jury et au public, une sélection de six court métrages multi genres, avec quatre fictions, Bonboné (2017) de Rakan Mayasi,  Drowning Man (2017) de Mahdi Fleifel, Madam El (2017) de Laila Abbas, Rupture (2017) de Yassmina Kharaja, un docu-fiction Your father was born 100 years old, and so was the Nakba (2017) de Razan AlSalah,  et une animation Memory of the Land (2017) de Samira Badran.

La projection du 29 mai au cinéma Les 3 Luxembourg a fait deux salles comble et a permis au public d’apprécier, cette année encore, la créativité de la scène cinématographique palestinienne contemporaine Elle a été suivie par la remise du Prix du Jury, doté d’une récompense de 2000 € par notre partenaire TV5MONDE, et du Prix du Public pour lequel 185 spectateurs ont voté.

C’est Bonboné, du réalisateur Rakan Mayasi qui a remporté les deux prix. Une mention spéciale a aussi été attribuée à Laila Abbas pour Madam El.



Nous remercions chaleureusement les membres du jury pour leur participation attentive et bienveillante : Ossama Bawardi, Mai Masri, Monica Maurer, Pierre Menahem et Charlotte Uzu.

La première édition des journées professionnelles, les Industry Days

Nous avons lancé cette année une plateforme inédite, les FCP Industry Days. 120 professionnels du cinéma, palestiniens et internationaux, se sont réunis à la Cité internationale des arts, les 28 et 29 mai.



Cette première édition des Industry Days a été organisée en collaboration avec FilmLab: Palestine, l’ONG palestinienne qui oeuvre pour le développement et le renforcement de l’industrie du cinéma palestinien. Nous avons également pu compter sur le soutien financier et logistique d’importants partenaires : l’AFAC (Arab Fund for Arts and Culture), le Consulat Général de France à Jérusalem, la Cité internationale des arts à Paris, le CNC, l’Arab Cinema Center, la Mairie de Paris et la Fondation un Monde par tous.

L’objectif principal de ces rencontres professionnelles était de promouvoir le cinéma palestinien et discuter des conditions de sa production et de sa distribution. Cette première édition a été un véritable succès avec de nombreux réalisateurs palestiniens qui ont fait spécialement le déplacement, et ont pu présenter leurs projets aux producteurs, distributeurs, programmateurs de festivals et exploitants de salles présents pour l’occasion.

En offrant ce cadre propice aux échanges d’expertise et d’expériences, tout en permettant de créer des connections inédites, le FCP ambitionne de devenir un incubateur de projets pour le cinéma palestinien.

La soirée en plein air

      

Le FCP 2018 s’est une nouvelle fois associé au cinéma L'Écran, au Cinéma Voyageur et à la Mairie de Saint-Denis, pour organiser une soirée en plein air, le 1er juin, sur le parvis de la Basilique de Saint-Denis. Malgré la pluie, ce sont plus de 200 personnes qui ont répondu présent pour profiter de cette soirée conviviale et ouverte à tous.



La projection gratuite en plein air du documentaire Rough Stage (2015) de Toomas Jarvet a été suivie par un spectacle du danseur Maher Shawamreh, protagoniste principal du film. La soirée avait démarré par deux concerts, de Mohamed Najem et Rasha Nahas, et par un repas palestinien, préparé par la cheffe palestinienne Rania Talala.

 

Le plébiscite renouvelé du public répond à notre double objectif de promouvoir le cinéma palestinien et de revenir à l’essence du cinéma comme art populaire.

La Nuit du FCP

Le samedi 2 juin de 19h à 2h du matin, au cinéma Le Studio à Aubervilliers, ce nouvel événement a permis aux festivaliers de découvrir ou redécouvrir sur grand écran, Route 181, fragments d’un voyage en Palestine-Israël (2003), documentaire-fleuve en trois parties, réalisé par Michel Khleifi et Eyal Sivan.

Ponctuée d’une rencontre avec les réalisateurs, d’une collation palestinienne, et d’une pause «café gourmand» pour celles et ceux qui sont restés jusqu’à la fin du programme, cette première Nuit du FCP a offert une opportunité rare de se consacrer, le temps d’une belle et longue soirée, à une oeuvre emblématique du cinéma palestinien.

Le Festival Ciné-Palestine à Cannes

Cette année, qui marque les 70 ans de la Nakba, a également marqué un tournant symbolique pour l’industrie du cinéma palestinien. Pour la première fois, il y a eu une délégation officielle palestinienne au Festival de Cannes avec un Pavillon Palestine au sein du Marché du Film, du 9 au 18 mai 2018.

L'initiative portée par le Palestine Film Institute (PFI) et soutenue par le Ministère de la culture palestinienne, a permis de présenter 10 projets, 5 fictions et 5 documentaires, au Producers Network.

C'est dans ce cadre que le FCP a pris l’initiative de réunir 10 festivals de cinéma palestinien pour se joindre à cette célébration du cinéma palestinien et de la Palestine. Cette rencontre inédite a donné naissance au Cannes 2018 Palestine Film Festival Cocktail, un événement de networking qui a eu lieu le 13 mai au sein du Pavillon Palestine. Cet évènement était co-organisé par :  Al Ard [doc] Film Festival (Cagliari), Boston Palestine Film Festival (Boston), Bristol Palestine Film Festival (Bristol), DC Palestinian Film and Arts Festival (Washington DC), Doha Palestine Cinema Festival (Doha), Festival Ciné-Palestine (Paris), Haifa Independent Film Festival (Haïfa), Nazra Palestine Short Film Festival (Venise), Palestine With Love Brussels (Bruxelles) and Toronto Palestine Film Festival (Toronto).

Si l'ensemble de ces festivals, dont le Festival Ciné-Palestine Paris, sont dédiés à la promotion du cinéma palestinien à travers le monde, cette initiative répond à notre volonté commune de soutenir activement les efforts de développement et de renforcement de l'industrie du cinéma palestinien.



Palestine With Love

Le Festival Ciné-Palestine Paris a soutenu la création du Festival Palestine With Love, co-organisé par BOZAR et Cinéma Galeries, dont la 1ère édition a eu lieu du 3 au 10 juin à Bruxelles.

Avec les projections de Palestine a People’s Record (1984) de Kais Al Zubaidi, de Noce en Galilée (1987) de Michel Khleifi, en passant par The Reports on Sarah and Saleem (2018) ou encore par 3000 Nuits (2015) de Mai Masri, ce festival a présenté des fictions et documentaires qui ont marqué l’histoire du cinéma palestinien et qui ont contribué à ce que la Palestine reste un sujet d’actualité.